Chapitre III
Maman : il est 1h30, je viens d'avoir la péridurale. Bizarrement, elle ne se diffuse qu'à gauche et je conserve toute ma sensibilité (et la douleur) à droite. L'anesthésiste propose d'augmenter la dose mais je refuse. C'est déjà nettement plus supportable et je ne veux pas risquer de ne plus rien sentir. Il ne reste plus qu'à attendre. Jusqu'à 7h, ça va être long !!! Je recommence à parler et à sourire. Dans les pièces à côté, deux femmes sont en train d'accoucher. Elles hurlent. Nous entendons distinctement l'une d'elles dire "j'ai mal, j'ai mal" et la sage-femme lui répondre "il faut pousser madame, allez !". Je pâlis : aïe aïe aïe, moi qui croyais que le plus dur était fait... apparemment, il reste à venir. Je n'ai plus trop envie de rire là. Et puis des pleurs retentissent : le bébé d'à côté est né. Nous nous regardons, émerveillés. Vivement notre tour !
Zélie : A 2h, la sage-femme arrive pour faire la 2ème injection d'antibiotiques à Maman, elle en profite pour regarder où j'en suis et c'est la stupéfaction ! Telle une petite spéléologue qui a trouvé l'issue, j'ai forcé l'ouverture et me suis engagée dans le passage. Fallait-il vous envoyer un faire-part Mesdames les sages femmes ? Je suis déjà arrivée tout en bas ! Ah ah ah, la bonne blague. D'un seul coup c'est la cavalcade : "le bébé est là, dépêchez-vous, équipez la table d'accouchement". C'est rigolo de sentir toute cette agitation, le monde en effervescence. Pour la rincette d'antibiotiques, il fallait la servir plus tôt. Poussez-vous me voilà ! Papa et Maman se regardent, leur regard pétille.
Maman : Il est 2h10, la sage-femme me demande d'inspirer une grande bouffée d'air, puis de bloquer ma respiration et de faire ce que toute femme est censée faire à ce stade. C'est le moment où l'on est le moins à son avantage : rouge et le visage tendu par l'effort ! Heureusement qu'il n'y a de miroir pour voir ça ! Je pousse donc, le plus longtemps et le plus fort possible. Je me sens pleine d'énergie, je n'ai plus mal du tout tant l'impatience me transporte. Aucun cri ne s'échapera de mes lèvres et 3-4 minutes suffiront pour que Zélie soit là.
Papa : A la 2ème poussée, j'ai vu une petite tête sortir puis repartir en sens inverse. Dis-donc mon petit yoyo, reviens ici tout suite ! T'es encore trop petite pour jouer à "coucou/caché" et c'est pas le lieu approprié. A la 3ème tentative, la sage-femme se munit d'un scalpel pour pratiquer une petite incision. Un "allez-y" pour faire diversion, et un petit coup de lame précis en synchro. Bravo le groom ! Et voilà Zélie qui fait en simultané une petite sortie et sa grande entrée ! Je suis papa pour la 4ème fois mais c'est la 2ème naissance à laquelle j'assiste. La 1ère, c'était il y a 17 ans. C'est un moment unique. Magique. Toujours.
Zélie : Oh y'a du monde là, et puis de la lumière. Elle est où maman ? Maman, maman ! Papa ? Papaaaaaaaaaa (bon, là j'exagère, mais ça fait toujours plaisir !). J'en profite pour prendre une grande goulée d'air. Drôles d'impressions, moi qui ne connaissait que l'humide et l'obscurité. Bon, c'est pas l'tout, mais je commence à avoir un petit creux. Comment ça se passe maintenant ? Je vais faire des petits bruits et gigoter un peu dans cet espace sans repères ; on va bien voir.
Papa : La sage femme me tend la paire de ciseaux. Elle me propose de couper le cordon. Ses yeux autorisent un éventuel refus. Je saisis volontiers l'ustensile. Je coupe dans le vif. J'inaugure cette nouvelle vie et un pan fondamentale de la mienne.
Maman : J'entends un petit cri mais je ne vois toujours pas Zélie. Je me redresse. Et puis elle est là. La sage-femme la pose sur mon ventre, mon petit bébé soyeux, mon petit bébé qui déjà me regarde, me dévisage. J'ai envie de pleurer, de rire mais je n'en fais rien ; je regarde Zélie, l'émotion, la fierté me submergent. Mon bébé, mon bébé, mon tout petit bébé.
Papa et Maman : Elle est belle ! Phrase prononcée en choeur, exactement au même moment comme dans une comédie musicale chabadabada.
Maman : Le médecin vient chercher Zélie pour lui donner les premiers soins. Papa est invité à la suivre, pas moi. Moi je n'ai pas encore terminé. Il y a encore quelques efforts à faire mais je ne suis plus bonne à rien. La motivation n'est plus là. Je suis captivée par ce qui se passe à côté et que je devine en zieutant par l'interstice de la porte restée entrouverte. Heureusement, la sage-femme est sympa et se débrouille sans ma participation. Elle sort le placenta en appuyant sur mon ventre et me fait 3 petits points de suture. Elle est contente de son travail : l'épisio est propre et toute petite.
Papa : la sage femme s'entraîne au point de croix avec maman, et moi j'assiste activement au premier relevé de notes de Zélie. Premier d'une longue série. 10/10, élève appliquée, Apgar serait fier de ce score. Zélie a tout bien coché les cases ! La mémoire du corps me rappelle les gestes justes pour manipuler ce petit paquet d'amour que je transporte vers sa maman qui a déjà "dressé la table". Toute fière. Toute tendre. Toute tendue. A dévorer.
Zélie : Le sein ! C'est bon, je vois comment ça marche, pas besoin de notice, laissez passer l'artiste. C'est du nectar dont on s'abreuve de quelques gouttes. J'ai un appétit de libellule affamée, vous voyez ce que je veux dire. Là, direct, je prends ma première "bonne" habitude en m'endormant au sein, nez à nez avec ce mamelon pour un échange de douceur. Le pli est pris. Fallait pas me laisser faire dès le début !
Finalement il aura fallu 4h15 à Zélie pour naître au lieu des 10h ordinairement annoncées à une maman qui met au monde son premier enfant. 6h gagnées pour rattraper 3 jours interminables : et oui, n'oublions pas que Zélie avait repoussé de 3 jours la date de sa naissance !
En postface demain, découvrez Le jour où tu es née : impressions d'une nouvelle maman.


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