Chapitre II
Zélie : Il est 22h.
On vient d'annoncer à mes parents que dans quelques heures
je serai là et eux, que font-ils à votre avis ?
Ils envoient des SMS !
Non mais j'hallucine là ! Vous êtes obligés de
faire ça maintenant ?
D'accord, c'est pour annoncer mon arrivée prochaine mais
quand même, ils peuvent attendre un peu les gens, vous leur
téléphonerez quand je serai née. Incroyable
cette nouvelle génération de parents, d'incorrigibles
technophiles !
Maman : A 22h15, la sage femme me pose la perfusion et je
reçois une première dose d'antibiotiques.
Puis me voilà plongée dans un bain chaud sensé
apaiser la douleur. J'alterne des moments de sommeil et de
réveil. Somnolence, contraction, somnolence, contraction :
tout cela va durer environ 2h.
Papa : Dans cette salle de bain de transit, le sujet et la lumière sont jolis. Je déguaine l'appareil et prends quelques photos de mon modèle favori. Somnolence aidant, je ne risque pas la censure à priori. L'atmosphère tropicale et le calme donnent l'impression que le temps est en suspens. Il ne faut pas que je m'endorme pour autant, je suis missionné pour remettre de l'eau chaude régulièrement dans le bain afin que le petit Pacifique ne se transforme pas en petit Arctique. Quelques bruits sourds filtrent au loin : le cri d'un bébé emboîte le pas à ceux de sa maman.
Maman : A minuit, je demande à sortir du bain. Je n'en
peux plus, la douleur est très forte, elle m'irradie le
ventre, le dos, les reins. J'ai envie de me recroqueviller en
position foetale. Mais je ne le fais pas, cela ralentirait le
travail. Je respire lentement, je pense à Zélie qui
est là, tout près, et j'envoie mon esprit vagabonder.
Mais dans ces moments-là, difficile de pratiquer la
zen-attitude. L'esprit se soumet malgré lui aux lois
terrestres : chaque contraction le ramène à terre et
le cloue sur place. La sage-femme m'installe dans la salle
d'accouchement, branche le monitoring : sur mon ventre, un capteur
mesure le rythme et la force des contractions, un autre, le rythme
cardiaque de Zélie. La sage-femme me propose la
péridurale. Bizarrement, tous mes doutes sur le sujet se
sont envolés. J'accepte avec reconnaissance. Mais j'apprends
alors qu'il me faudra attendre car l'anesthésiste est bien
occupé. 5 futures mamans sont arrivées ce soir
:
3 avant moi, 2 après. Et c'est comme à la
poissonnerie : même si on ne prend pas de ticket, c'est
à la queue comme tout le monde ! Me voilà qui entonne
en pensée un hymne à la péridurale : viens
à moi périduraaaaaaale...
Zélie : Le petit espace s'est agrandi. Tiens, j'ai de la visite : "Bonjour Madame la sage femme. Oui je vais bien merci ! C'est gentil de venir me voir ! 6 ? 6 quoi ? 6 cm ? Ca passera pas. Je vais attendre encore un peu alors". J'ai besoin de 10-11 cm moi. Je ne demande pas le bout du monde ! Enfin si justement, je veux y aller moi dans ce nouveau monde. Je veux y aller, je veux y aller ! Tiens, je vais appuyer là-dessus pour voir.
Maman : Nous sommes hypnotisés par le monito. Il indique des contractions de plus d'1 minute avec des pics à 200. Chaque vague est une déferlante. Je suis mise sous oxygène, pour m'aider à tenir. Régulièrement, le rythme cardiaque de Zélie chute : 160, 130, 90, 70 et puis ça remonte. L'aide soignante regarde fixement l'appareil : "elles sont fortes vos contractions", dit-elle. En fait elle s'inquiète, ça se voit. Que se passe-t-il ??? "Il est possible qu'elle ait le cordon autour du cou", nous dit-elle. Il n'en faut pas plus pour faire naître l'angoisse.
Papa : L'aide soignante va chercher la sage-femme qui va
chercher le médecin. Les regards se passent un relais
interrogatif. Alors ? Les mots du médecin se veulent
rassurants : selon elle, ça arrive. Il est possible que la
force des contractions provoque ces creux. Mais Zélie n'est
pas en difficulté, elle ne souffre pas.
Son petit coeur remonte vite la pente après la pression.
Zélie laisse passer l'orage quelques secondes et
redémarre sitôt qu'il s'éloigne. Notre
bébé est-il un petit Yogy pour déjà
avoir la maîtrise de sa respiration ?
Il n'empêche que l'on garde une petite boule de peur
nichée au creux de l'estomac. Et chaque fois que le
graphique cardiaque descend, c'est mon coeur qui fait un bond comme
dans un ascenseur en excès de vitesse.
(à suivre...)



Commentaires