Samedi, 10h20, nous arrivons chez le médecin.
- "Bonjour, vous avez rendez-vous ? C'est à quel nom ?", demande la
secrétaire.
- "Tauvel, T-..., commence Maman.
- "T-A-U-V-E-L", coupe Zélie.
3 paires d'yeux ronds se donnent rendez-vous sur la bouille
juvénile de Zélie.
C'est notre tour, nous entrons dans le cabinet.
Nous expliquons ce qui nous amène. Zélie lorgne les papiers et
bondit :
- "Maman c'est ton nom qui est écrit là sur le dossier !"
- "Où ça ?"
- "Là, c'est écrit Sandrine, regarde !"
Véridique. Zélie l'indiscrète avait lorgné sur un dossier médical,
se contentant heureusement de la couverture.
Le matin, petit déj en tête à tête avec Papa. Soudain Zélie se
lève, se dirige vers le frigo, manipule les lettres magnets et
s'écarte :
- "Regarde ce que j'ai écrit Papa !"
LUTECE TAUVEL.
Comment scier son père en une leçon.
3 exemples parmi une multitude. Et à chaque fois un choc pour les parents que nous sommes. Mais contrairement aux apparences, Zélie ne sait ni lire ni écrire. Elle est simplement l'une des petites adeptes de la méthode globale. Très décriée par une bonne partie de la profession, elle semble pourtant rudement efficace pour les premiers décodages de Zélie.
Pour certains d'entre vous, les années d'apprentissage ont
peut-être été synonymes d'années cobayes. Cobayes du "tout global"
et de la méthode pour apprendre à lire qui va avec, fondée sur la
mémorisation visuelle des mots dans leur entier. Aujourd'hui, cette
méthode est décriée, accusée d'avoir engendré une petite armée
d'illettrés. Car la pédagogie, ça va ça vient, comme la queue du
chien. Tout le monde le sait, c'est même du b.a.ba !
Nous, on a grandi à la "syllabique" qui, comme son nom l'indique,
consiste à décomposer les mots en syllabes. On garde un souvenir
ému de nos premières lectures, aussi fluides que le trafic
automobile parisien.
Oh là là, nous voilà sur un terrain d'experts miné ! Pas facile
d'être parents. Faut-il choisir son camp ? "Globale" ou
"syllabique" ? "Syllabique " ou "Globale" ?
Paraît que la hache de guerre est enterrée depuis quelque temps
entre les rois de l'épelage et les fendus sans partage.
Paraît que nous sommes désormais au milieu du Rubicon, que des
armées de pédagogues opposées ont décidé de pactiser en faveur
d'une méthode semi-globale en restant les pieds dans l'eau, balle
au centre avec une méthode mixte.
Et c'est tant mieux ! Car ce n'est pas un hasard si Zélie commence
par des mots chargés d'émotions : Maman, Papa, Zélie, Lutèce...
elle cherche à s'approprier par le verbe son entourage immédiat
pour mieux le saisir. Elle est motivée pour coder et décoder sans
même s'en rendre compte. Si elle sait écrire "Emerys" par exemple,
ce n'est pas fortuit. Ces 6 lettres nomment son petit chéri. Elles
regorgent de sentiment au global. Chaque matin, quand elle arrive
en classe et qu'elle doit déplacer l'étiquette de son prénom de la
maison dessinée vers l'école dessinée, la première chose que Zélie
cherche est le prénom adoré pour coller le sien tout contre, bien
serré.
Bref, pour l'heure, Zélie a choisi son camp. Elle globalise. Mots
et sentiments. Entièrement. Passionnément. Le code, ce sera pour la
prochaine étape. Nous, bien humbles devant tout ça, on laissera
faire les pro et on accompagnera.










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