- "Y va où encore Papa ?"
- "Papa, il va dehors gratter le pare brise. Pourquoi Zélie, tu
veux y aller à ma place ?"
Dans ce court dialogue, vous aurez peut-être repéré un petit mot.
Un simple mot qui fait passer la phrase de l'interrogation au
reproche : c'est le "encore". Entre "y va ou papa ? " et "y va
où encore papa ?", y'a pas grand chose mais y'a tout un monde,
celui de la critique et du rappel à l'ordre. Nous y sommes
entrés.
Zélie ne se réveille pas en ce moment en appelant simplement pour
que l'on vienne la chercher. Non, Mademoiselle geint sur un ton de
reproche "je suis toute seule, je suis toute seule...", comme si on
devait se relayer toute la nuit en montant la garde au pied de son
lit pour attendre docilement son réveil, accueillant l'ouverture de
sa première paupière avec un large sourire.
De même, alors que la neige et la glace viennent tout juste de
débarrasser le sol, Zélie regarde le jardin par la fenêtre et
s'étonne : "il a pas fait la balançoire Papa ?", laissant entendre
que le Père Noël la lui a déposée sur la pelouse il y a des lustres
et que, au rythme où vont les choses, il lui faudra attendre sa
majorité pour espérer enfin se balancer ! Si on n'y prend pas
garde, on ne va pas tarder à avoir droit à "c'est à cette heure-là
que tu rentres" ou "elle est froide ta soupe".
Cetains petits mots rigolos sont traqués maintenant avec
détermination parentale parce que Zélie les utilise sciemment avec
l'impression grandissante qu'il suffit de vouloir pour avoir, que
le commandement (pas encore les 10) est entre les mains de Son
Altesse et que la rapidité d'exécution de ses souhaits est
proportionnelle aux décibels qu'elle libère quand elle s'énerve
et/ou exige.
Le reproche étant le cousin germain de la réprimande, on attend
notre première dispute... Alors, pour ne pas attendre
passivement, on remet Zélie sur la bonne longueur d'ondes quand
elle utilise des termes que nous aurions trouvé amusants
avant.
"Rrrrrrr, c'est agaçant !", lorsque vous lui interdisez quelque
chose - "Tu vas voir toi !", alors que vous la rappelez à l'ordre -
"Mais veux MOI" - "Au coin toi !" - "C'est pas toi qui décide",
"Laisse tranquille !", "PAS contente", Ca va pas la tête ?...
autant de petites phrases drôles à entendre quand elles sont
lancées par une petite voix de 2 ans et demi, mais, à la longue, la
voix muant et le ton changeant, ce sens inné de la
répartie risque de devenir moins sympathique. Nous avons donc
décidé de ne plus l'entretenir. Alors nous fronçons les sourcils,
faisons les gros yeux et remettons Zélie à sa place. Ce qui ne
nous empêche pas parfois (souvent) de rire dans notre barbe,
surtout quand c'est l'autre parent qui fait les frais du "tac au
tac"...
Dans la vie, avoir du caractère, c'est bien. Avoir le sens de la répartie, c'est amusant, mais nous, on n'aime pas quand il s'exerce à nos dépens, non mais !














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