"Mon chat" par-ci, "Mon chat" par-là, "Il est où mon petit chat
?", "Viens petit mimi". Quand le 2ème chat des voisins décide
d'élire domicile chez nous, plus rien n'existe aux yeux de Zélie.
Jouets, puzzles, livres, parents : tout est nul. Zélie est seule au
monde avec son chat. Qu'il soit chapardeur lui importe guère. Qu'il
se soit attaqué à notre saumon, à notre fromage et même à notre
pain frais (vorace !) ne lui provoque aucun émoi. Depuis l'arrivée
du petit chat noir, le chat blanc, 1er squatteur adopté du nom, est
devenu pour Zélie aussi transparent qu'une vitre, il fait désormais
partie des meubles. Seul compte son nouvel ami, qu'elle appelle
d'ailleurs solennellement "MON AMI". En matière d'occupation, le
rapport de Zélie avec son copain félin se résume à une seule chose
: le porter et le transporter. Le chat n'a pas le droit de
s'éloigner, il n'a pas le droit de manger, ni de jouer, ni même de
s'approcher des affaires de Zélie : c'est SON chat mais aussi SES
affaires alors "pas toucher !". Zélie veut donc le porter et
surtout ne JAMAIS le lâcher, même pas lorsqu'il glisse
progressivement de ses bras et que, les 4 pattes et le corps
pendant dans le vide, seul son cou se retrouve fermement maintenu
entre les 2 mains de son aimante petite tyran. Si aimante qu'elle
se saisit alors de la tête du chat, la tourne face à son visage en
disant : "regarde-moi dans les yeux !", comme Papa s'amuse à faire
avec elle en feignant de la gronder. La petite bête ne mord pas, ne
griffe pas et ne laisse pas non plus échapper la moindre plainte :
c'est un amour de chat qui ronronne pour un oui ou pour un non,
pourvu qu'on lui témoigne de l'attention, même mal attentionnée. Et
à votre avis, que fait notre petit ami lorsque Zélie baisse sa
garde et qu'il finit par en avoir ras les bacchantes ? Il prend ses
pattes à son cou bien sûr. Et là, c'est le drame : Zélie nous joue
son personnage préféré, celui de la tragédienne effondrée.
Au moment du coucher, les séparations sont douloureuses. Il faut
bien au moins 3 histoires pour compenser le manque. Un soir de
cette semaine, alors que sonnaient 22h30, Zélie est sortie de son
sommeil pour geindre "Petit chat ! Petit chat". Pour couper court à
cette obsession féline, Maman a dû menacer d'interdire
définitivement l'entrée de la maison à "l'ami" de Zélie si celle-ci
continuait à nous causer tant de soucis avec ce chat. Zélie s'est
tue, instantanément. On ne badine pas avec l'amour comme dirait
Alfred. Mais 1/2h plus tard, les jérémiades ont repris et Maman a
regravi les marches 4 à 4 jusqu'à la chambre de Zélie, s'apprêtant
à hausser le ton. Sauf que son "Zélie ça suffit !" est resté muet,
stoppé net par un drôle de petit bruit de moteur... Zélie
n'appelait le "Petit Chat" de tous ses voeux, elle tentait au
contraire désespérément de s'en débarrasser. Ingrate Zélie ?
Essayez donc de dormir, vous, avec un petit voyou qui se glisse
dans votre chambre à pas feutrés, se couche sur vous, allume son
moteur diesel et vous donne des petits coups de tête dans le nez
histoire de vous réveiller !
Alors, après cet épisode, nous avons cessé de plaindre le petit
chat harcelé, parfois écartelé, au sens propre du terme. Parce que
force est d'admettre que nous ne comprenons rien à cet Amour Vache,
qui porte bien mal son nom dans notre histoire : il serait beaucoup
plus juste de parler d'Amour Chat.
C'est pas beau de voler, sauf quand c'est des moments de vie et que
l'on partage le butin ...
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