Notre ami un peu collant, le chat des voisins, a une passion
débordante pour les souris, qu'elles soient à poils ou à couettes.
L'une récolte son affection féline, l'autre son attention
prédatrice. Et comme il est très généreux, notre ami le chat offre
bien volontiers à sa grande souris une toute petite souris. Mais
Zélie n'en a cure, alors elle la lui laisse. Et le chat s'amuse
bien avec : il l'attrape, la libère, lui tape sur la tête du bout
de la patte et lui titille les flancs avec les dents.
Compatissante, Zélie se penche vers la petite souris, la caressant
du bout du doigt, lui demandant "ça va ?". Mais en aucun cas, elle
ne s'interpose entre le chat et la souris : dans cette Loi du du
plus fort, elle n'a pas sa place. Alors, lorsqu'il a bien joué,
ronronnant de toute la force de son petit moteur, le chat croque la
tête de la souris et un bruit de branche sèche marque la trève
définitive du combat. Sans sursauter, sans sourciller, Zélie se
tourne vers le chat, enlace son cou de son bras et lui demande :
"c'est bon ?".
Insensible notre souris Zélie ? Insouciante ? Pas en mesure de
porter sur cette cruauté apparente un jugement ? Félinophile
extrémiste ? Et si les cris que Zélie pousse parfois la nuit
étaient provoqués par une petite souris qui vient trotter dans ses
rêves et ne peut s'échapper des félones griffes félines ? Qui sait
? Dans le doute, donnons notre langue au chat.
C'est pas beau de voler, sauf quand c'est des moments de vie et que
l'on partage le butin ...
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