Dans quelques instants, la petite endormie de la première photo va être transférée dans une sorte de shaker rouge à roulettes. Flanquée de Maman Lilou derrière, de Mélissa devant et poursuivie de quelques porteurs, Bébé Camillou va être secouée de haut en bas, bringuebalée de gauche à droite, elle va dévaler à toute berzingue des escaliers, en escalader d'autres 4 à 4, zigzaguer dans les couloirs de métro, sauter dans des rames bondées de monde... tout ça, parce que les parents ne voulaient pas perdre une miette de leur rencontre ! Les bons moments, personne n'aime les compter à rebours.
A priori, 20 minutes avant le départ du train pour Montpellier, c'était moins qu'il n'en fallait pour rejoindre la gare et ne pas le louper le TGV. Mais c'était sans compter sur une équipe de sprinters doublée de marathoniens émérites capables de prendre un landau pour une chaise à porteurs en cas de force majeure. Pendant ces 20 minutes, Bébé camillou a certainement passé en revue les souvenirs fraîchement glanés : Zélie, qui, s'allongeant à ses côtés, n'a cessé de l'embrasser, sur une joue, puis l'autre, le nez et le menton, les yeux et le front, pour revenir à la première joue, puis à l'autre... ; Sasha et ses magnifiques yeux d'argent doux et scintillants que, ce jour-là, elle avait décidé de ne pas fermer, incapable de se laisser aller, électrisée par l'atmosphère de 9 personnes chaleureusement serrées dans 15 m² ; Melchior, le dévoreur déménageur qui se remplit la panse et déremplit tout le reste, seau à légos, assiettes, bouteille ; et enfin Toon, alias Ethan, renommé Bébé par Zélie, le tambourineur, au début timide puis déluré, qui a testé tous les genoux féminins de la maisonnée et attiré tous les baisers.
Maou si tu savais le bonheur qu'est le tien d'avoir un BDTT (Bébé Dormeur Tout Terrain). Aussi surprenant que ça puisse paraître, la petite voyageuse de l'extrême, toute "shakée" qu'elle a pu être, n'a pas voulu s'extirper de ses rêves que l'on imagine peuplés de bébés potes, de mamans toutes gazouillantes de plaisir, et d'un papa, seul de l'espèce à s'être octroyé le plaisir de bisouiller la petite tribu de 4 à 21 mois.
Le train est parti. Pendant ce temps, Nissa et Ethan
poursuivaient leur chevauchée en solitaire dans le RER pour un
retour au bercail perdant sur leur trajet une cuillère Beaba
par-ci, une boucle de salopette par-là.
Zélie est restée plantée là.
Quelques secondes.
Puis, selon son habitude du moment, elle a lâché d'un air empressé
"allez, allez, allez !". Elle nous a entraînés dans une ronde
éffrénée, sur la musique de la voix synthétique annonçant le départ
d'un autre train pour une autre destination.





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