Si on pouvait l'attraper, on lui donnerait le bon Dieu sans
confession. Le regard angélique, les yeux au ciel, Zélie suçotte un
baton de réglisse religieusement, comme s'il s'agissait d'une
hostie. Pourtant ce bonbon ne lui appartient pas. Personne ne lui a
offert. Zélie l'a vu et il a réveillé instantanément en elle le
pécher de gourmandise. Alors elle l'a pris et l'a mis à sa bouche
sans rien demander à personne ni se poser de questions. Nous
n'étions pas à la maison, ni chez des amis qui auraient laissé à
portée de tentation une boîte de sucreries. Nous étions dans une
épicerie-journaux-dépôt de pain et de bonbons, dans un petit
village dont nous tairons le nom, pour ne laisser aucun indice.
Papa payait l'épicière de quelques boissons fraîches. Maman et
Zélie furetaient dans ce petit fonds de commerce hétéroclite.
Soudain, Zélie tomba nez à nez avec un réglisse fourré qui lui
faisait de l'oeil. Alors, oeil pour oeil et dent pour dent, la
petite goulue mit la tentation à la bouche.
Quel fut d'après vous le réflexe de la Maman de la petite chipeuse
? Et bien elle retira immédiatement de la bouche de Zélie le bonbon
sucé qui lui faisait honte et le dissimula dans le creux de sa
main. Puis elle sortit avec Zélie, emboîtant le pas de Papa qui
venait de tout régler... sauf le réglisse ! Drôle de réflexe qui
nous conduit parfois, quand on craint être pris la main dans le
sac, de faire tout pour se conduire en véritable coupable. Il
aurait suffit de dire à papa de donner 15 centimes de plus pour le
réglisse, c'eût pas été sacrilège ! Mais Maman a voulu cacher le
petit larcin, comme si Zélie risquait de se trouver pour de bon
derrière les barreaux.

Mangeant des oranges ?
Ah ça non ; on n'aurait pas laissé faire ça ; le réglisse c'est trop bon... sauf quand on en fait une indigestion étant enceinte. Là, on est vacciné A VIE du réglisse ! 



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