Avec de si petits petons, on pourrait s'attendre à ce que Zélie
trouve chaussure à son pied dans le conte de Cendrillon. Loin s'en
faut ! Ce n'est pas que Maman ait des "péniches" pour bien reposer
au sol. Pas du tout, elle chausse du 37, ce qui est tout à fait
commun. Mais en proportion des petits pieds de Zélie, ce 37 semble
démesuré et bien éloigné d'une mini pantoufle de vair. Zélie ne
s'est pas laissée décourager pour si peu. Ayant elle-aussi flashé
sur ces charmantes compensées au charme rétro, elle a, malgré
l'écart évident de pointure, essayé puis adopté ce qui ne lui était
pas destiné : une paire toute neuve de sandales avec des talons
hauts comme ça ! Et tout doucement, en avançant un pied devant
l'autre, Zélie a fait un petit défilé à pas glissés... sans
tomber.
Ceci prouve quoi ?
Que Zélie n'est pas rancunière et ces chaussures en sont la preuve.
N'allez pas imaginer qu'elle a échappé de justesse à un jeter de
chaussures, telle une vulgaire cible bien connue d'Amérique. Non
pas du tout. Le différend qui l'a opposée à cette paire de pompes
est en fait une dispute bien plus bénine : alors que Maman essayait
cet article rouge à pois multicolores, Zélie se plaisait à
déménager le magasin. Et vas-y que je fais dégringoler les boîtes
en carton, vas-y que je dérange la vitrine avec ses décorations et
puis tiens, pendant que j'y suis, vas-y que j'attrape les derniers
modèles exposés sur les étagères pour les mettre par terre et
shooter malencontreusement dedans. Au bout de quelques sommations,
Zélie ne pouvait plus dire qu'elle n'était pas prévenue. Elle s'est
donc retrouvée "au coin". C'était la première fois, et pourtant on
avait l'impression qu'elle y avait passé sa vie. Parce que
figurez-vous qu'elle y est restée de son plein gré ! Nous
offrant le spectacle de son dos, Zélie a posé son front contre le
mur et s'est mise à sangloter de toute son âme, ne laissant aucun
doute sur la mine qu'elle pouvait faire, le son en disant long sur
l'image. Du coup, pour ne pas passer pour des brutes devant la
vendeuse, nous nous sommes sentis obligés de préciser que nous
étions les premiers surpris de la voir obtempérer si prestement
pour une première fois. Nous avons donc rapidement coupé court au
châtiment en demandant à la jeune punie :" c'est bon ? c'est fini ?
t'es sage maintenant ?". Alors Zélie en a rajouté une couche en
disant "ça y est" et en se précipitant dans les jeans de sa mère
(faute de jupes) pour y essuyer une grosse larme toute mouillée de
dépit.
C'est donc bien à cause de ces chaussures que Zélie a été punie, et
si vous êtes observateur, vous remarquerez qu'il s'agit bien d'un
article féminin et que donc ... ce n'est pas pour Papa que l'on est
entré dans ce magasin.
CQFD : si c'est papa qui a offert à Zélie son "premier coin", il
plaide reponsable mais pas coupable !



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